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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 20:19

        
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Karitas, ma découverte de la rentrée !   http://www.lecerclepoints.com/images/couvertures/9782757832318.jpg

 

 

 

Bonjour à vous chers amis lecteurs,

 

Une nouvelle rentrée littéraire, une nouvelle rentrée scolaire, de vacances, d'errances et d'itinérance, de plaisirs de lectures en envies de partage...

Beaucoup de voyages pour moi durant l'été, et moins de livres à dévorer, je me rattrape donc depuis quelques semaines et grignote frénétiquement, disons-le quasi-boulimiquement, tout ce qui me passe en main. J'ai pris la saine habitude de lire le matin une bonne heure sur mon vélo sportif, à peine le temps de boire à la gourde, monter subrepticement la puissance et éponger le ruissellement de l'effort, les gens passent et haussent le sourcil sous leur t-shirt moulant, mais je m'en fiche pas mal, le compteur de temps et de calories est mon seul dieu ! Et puis emmitouflée dans un plaid de mohair dans mon canap en fin de journée, avec le téléphone et le thé à portée de main, c'est pas mal aussi, et enfin au creux d'un bon lit douillet c'est le summum d'un endormissement garanti. De magazines féminins en actualités du monde, de romans exotiques en sagas familiales, tout me plaît, tout me va, du moment que le coeur est là et s'exalte à suivre les petits scarabées noirs entortillés sur la feuille blanche.

 


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Allons, vous voulez un vrai coup de fouet ? Un auteur qui vous agrippe et vous tord avant de vous lancer contre un mur et de vous tourner le dos, lisez l'Islande de Karitas, deux tomes de sagesse dans un monde de brutes...

Une belle découverte islandaise, avec son nom à dormir debout et sa fantaisie sauvage, féministe et poétique, voilà Kristin Marja Baldursdottir (c'est à dire fille de Baldur ai-je appris par son livre).

Tout au départ, c'est la volonté d'une veuve au début du siècle, de donner de l'éducation à ses six enfants; de l'éducation, parfaitement, quel drôle de mot quand on vit les mains engourdies de froid et de sel, au rythme de la pêche des hommes, des transhumances des moutons des montagnes jusqu'aux bord des fjords et des rigueurs de la nature reculée islandaise. Seule et fière avec sa volonté de mère, elle va traverser son pays par la banquise et s'installer à la ville. Karitas est la digne 3e fille de cette femme formidable. Tandis que ses grandes soeurs et ses petits frères vont un à un à l'école, elle non, elle travaille comme blanchisseuse, dégote par son culot et son bagout un logis décent pour sa famille, du charbon pour tenir le rude hiver, une machine à coudre pour que sa mère puisse travailler. Karitas a de l'aplomb et de la suite dans les idées. Karitas a un avis sur beaucoup de choses et un don pour le dessin. Son père lui a offert son premier carnet à croquis avant de partir et de mourir en mer lorsqu'elle avait sept ans et depuis, la jeune fille aime tracer sur le papier ses humeurs et ses jalons de vie.

Lorsqu'une amie de sa maîtresse remarque son talent, elle propose à Karitas de lui donner des cours de dessin; futiles et vaines occupations juge-t-on autour d'elle, mais Karitas y prend un plaisir infini et bientôt la dame offre à sa mère de l'envoyer étudier à l'Académie Royale des Arts de Copenhague, cinq ans, à ses frais. C'est la chance de sa vie, et Karitas aborde le premier tournant décisif de sa jeune existence. En revenant au pays, elle est décidée à consacrer ses années à l'art, à sa peinture, au détriment de tout le reste. Mais tout le reste, c'est important, surtout quand on est une femme, à cette époque-là, avec un mari en mer et des enfants sur les bras, une famille compliquée et des amies spéciales. Karitas voyage, se pose, créée au fil des lieux et de sa vie des tableaux et des collages à l'accueil mitigé, connaît le rejet, l'incompréhension et la gloire, sans se départir de sa ligne de conduite. Elle aime, elle doute, elle accepte, son sort et sa solitude, ses faiblesses et ses erreurs. Fidèle à la méchanceté de sa soeur et au fantôme de son aînée, à l'absence insupportable de son irrésistible mari et à ses amies farfelues. Elle assume son cruel destin d'artiste, pleure et clame son émancipation.

Karitas, c'est la description au scalpel d'un tableau abstrait de la condition de femme, écartelée, abandonnée entre des choix odieux et impossibles à faire. Une histoire d'amour et de souffrance, d'oubli et de silence, de quête et de folie, dans la majesté authentique des paysages lumineux de l'Islande. 

Karitas, c'est enfin une magnifique fresque familiale et un cheminement conjugal compliqué, une écriture subtile, teintée de critiques d'art écrites en contrepoint du récit et décrivant les oeuvres composées par l'artiste au cours de sa vie. Une histoire forte et passionnée, portée par des personnages auxquels on s'attache au fil de ces deux tomes grandioses dont on ressort essoré et rafraîchi...

Une bouffée d'oxygène pur, l'enfant sur la hanche, le pinceau aux lèvres, le coeur en bandoulière et le poing brandi !

Les thèmes majeurs de l'art et de la condition féminine semblent chers à l'auteur et j'ai hâte de découvrir ses autres romans, s'ils sont aussi prometteurs.

Dites moi ce que vous en aurez pensé post lecture :)

 

Claire

link


http://www.oojee-bateaux.com/upload/Islande%202.jpg



 

 


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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 17:30

 

Eh oui, je constate chers amis que j'ai été très très selfie en partage de lectures ces derniers temps, alors que, pourtant, je n'ai jamais cessé un seul jour d'ouvrir un livre et de poursuivre entre les pages ma quête effrénée de sensations, émotions nouvelles, autres lieux, autres époques, étude de moeurs et analyse psycho-sociologique... !

Je ne saurais passer une journée, une soirée, sans un livre à mes côtés, déjà entamé ou en cours de lecture; à peine refermé et terminé, un autre petit nouveau lui succède, sans interruption, ce qui d'ailleurs donne parfois des reprises de souffle et de ton périlleux, selon les styles qui s'enchaînent.

Mais venons-en au fait: "des noms" me réclamez-vous !

Des noms ? Non, pas de gavage en ces périodes post-fêtes propices à la diète, de qualité... mais voici une pépite choisie pour vous permettre de débuter l'année nouvelle avec une incroyable escapade:


Best-Of number one de mes lectures depuis longtemps, toute catégorie...

Jeannette Walls, The Glass Castle (Le Château de Verre)

Un roman rare et puissant, comme on aimerait en trouver plus souvent, qui vous arrache de votre quotidien et vous propulse de la première à la dernière page à côté de cette enfant déroulant son enfance hors normes, bohème, cabossée, solitaire, chahutée, vagabonde et fraternelle. On aimerait lui tenir la main, lui tendre la moitié de notre goûter, la serrer fort dans nos bras ou lui faire couler un bain moussant et chaud; le roman démarre avec Jeannette, petite fille de trois ans, qui se prépare ses hot-dogs debout  sur un tabouret branlant au dessus d'une marmite bouillante, dans la caravane de ses parents. Mais c'est parfaitement normal, non ?

Jeannette signe son premier roman autobiographique, d'une sincérité crue qui frise le supportable. Issue d'un famille heureuse, intelligente et aisée, elle va pourtant avec son petit frère et sa petite soeur faire l'apprentissage d'une vie hors conventions, en rupture totale avec les standards que nous connaissons et en frange de la société américaine des années 70.

En effet, ses merveilleux parents, deux marginaux éclairés et amoureux, et tout dénués d'affection ou de prévenance soient-ils envers leur chère progéniture, ont choisi d'éduquer leurs enfants eux-mêmes et selon un idéal fantasmé, au plus proche de la nature et de ses bienfaits, en se détachant de toutes contraintes liées à la société de consommation. Un plan hippie parfaitement évident pur et cristallin une fois énoncé, mais qui implique un certain nombre de conséquences plus terre-à-terre... Un plan choisi par les parents et imposé aux trois enfants, qui eux auraient pourtant d'autres rêves de stabilité, de repères rassurants, de rythme scolaire ou de gestes tendres.

Pas de travail fixe, ni de logement pérenne, la débrouillardise à tous les niveaux et refuser l'aide de quiconque, un confort qui frise la clochardise, l'inconséquence et l'irresponsabilité, la paranoïa nourrissant la fuite, la faim et le froid pour compagnons de route, aucun ami, aucune entrave, aucune obligation... Une liberté joyeuse et débridée bien chère payée cependant, puisque cette vie d'errance, de renoncements et d'apprentissage permanent tient parfois plus de la survie que du rêve.

Des éclats de joie intacte brillent dans le récit factuel et détaché de la jeune femme qui revient sur toutes ses années; ainsi Jeannette racontera par exemple que son père adoré lui aura offert une étoile du ciel en cadeau de Noël, une année où la famille était particulièrement démunie.

Ce family road-trip à la candeur acide ne cessera de vous hanter, ça je m'y engage...

et, bonus, les droits d'adaptation cinématographique viennent d'être signés. Hâte de voir, ou pas, le rendu sur écran...

 

Et, allez, puisque vous m'êtes bien sympatiques, je finirai en vous laissant écouter ce concentré de bonne humeur concocté par la volcanique HollySiz, alias Cécile Cassel: dans une ancienne vie d'actrice...

 

http://www.youtube.com/watch?v=5xerDmSwiNo

 

Au plaisir de vous lire,

 

Claire

 

 

   
http://www.thebookedition.com/livres-claire-fessart-auteur-404.html


Acheter Chacun son Truc Acheter Le Royaume des AbeillesAcheter L\'Enfant de Sable

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 19:46

   

 

Chers amis,

 

Parce qu'il faut bien qu'on se le dise, ce petit livre culte, lu d'une traite et sans respirer, est littéralement bouleversant; dans la foulée j'ai savouré sa délicate adaptation cinématographique.

Bon, d'accord, le livre partiellement autobiographique de Bernhard Schlink est sorti depuis plusieurs années, et a fait un véritable raz-de-marée en 1995 en Allemagne, mais je vous l'ai déjà dit, rien ne m'ennuie plus que de faire des choses "à la mode", en même temps que tout le monde, apprendre à cuisiner des cupcakes multicolores, lire 50 shades of grey, (re)porter des pantalons à carreaux et des pulls jacquards, ou aller voir Skyfall...  

J'attends que le buzz se tasse, que l'excitation retombe, que l'oubli ensevelisse l'évènement, que l'actu parle du prochain tweet passionnant, et là, paf, je reviens, tel un lézard endormi d'un oeil. C'est ainsi que j'ai découvert le micro-ondes, Millenium, Gossip, les macarons, la zumba, le téléphone portable, le lait de coco, les éditions Actes Sud et le répondeur ...

 

 

 

Mais là je sens que je m'égare... Revenons à notre histoire.

On est en Allemagne, au début des années soixante, et un jeune adolescent tombe pour la première fois éperdument amoureux d'une femme de vingt ans son aînée. Les amants partagent six mois de parenthèse enchantée et secrète, au cours de laquelle ils instaurent leur rituel érotique, d'abord se déshabiller et se laver mutuellement, puis Mickaël fait à Hannah la lecture de ses romans préférés, avant qu'ils ne fassent l'amour. Le narrateur décrit l'évolution de ses sentiments et la façon dont il se sent pris sous la coupe de cette belle femme énigmatique qui ne s'épanche jamais, vit seule, et fait de lui un jouet consentant et manipulé, prêt à tout pour lui plaire et ne pas la perdre. Mais un jour Hannah disparaît sans un mot, et Mickaël, abandonné et trahi ne comprend pas.

 

 

Sept années plus tard, étudiant en droit, il participe à un séminaire et assiste au procès de cinq criminelles nazies, gardiennes dans les camps. Là, il reconnaît avec stupeur sa douce Hannah sur le banc des accusées. Terrifié, honteux, accablé, heureux, perplexe, fébrile, Mickaël, qui n'a toujours pas réussi à surmonter l'influence et la peine que cette femme lui a causé, ne sait plus qui il a aimé ou aime encore... Il chavire dans la honte d'avoir été l'amant innocent mais perverti d'une meurtrière et donc de participer à l'horreur de ce que cette femme a commis, et l'envie de comprendre à défaut de pardonner, ce que la génération de sa maîtresse, celle de ses chers parents tout autant, a laissé faire.

 

Entre haine, mépris, douleur, amour, incompréhension et lâcheté, Mickaël, vit un tumulte intérieur, celui, immense et inconsolable de la jeune et première génération allemande post-nazie. Au cours du procès, Hannah se défend mal, se laisse accabler, et Mickaël finit par comprendre le secret enfoui d'Hannah, celui qui la condamne autant qu'il la disculperait si elle l'avouait: elle est analphabète et aime se faire faire la lecture; que ce soit par les jeunes prisonnières du camp qu'elle envoie ensuite à la mort, que plus tard par le tendre collégien qu'elle accueille chez elle... Hannah s'est engagée comme gardienne pour ne pas avouer à son ancien employeur sa tare, Hannah a quitté la ville précipitamment il y a sept ans car son supérieur voulait la promouvoir à un poste de bureau, et non pour abandonner Mickaël, auquel elle ne pouvait pas écrire ensuite, Hannah n'a pas pu écrire le rapport nazi qui est la pièce maîtresse et accablante du procès. Elle ne l'avoue pas: Mickaël, déchiré, s'ouvre à son père, le silencieux prof de philo qu'il respecte et, au supplice, lui laisse son choix et sa dignité, Hannah est la seule condamnée à la prison à perpétuité...

Mickaël ne va pas lui rendre visite, c'est au-dessus de ses forces, il lui en veut encore et elle ne lui témoigne aucune tendresse le sachant dans la salle, il attend un signe d'elle qui ne peut venir, ne fait pas un pas, ou plutôt s'éloigne, et l'abandonne à sa cellule choisie. Il assimile ce refus d'avouer à une nouvelle fuite d'Hannah à son égard. Le jeune homme se marie, a une petite fille, n'est pas heureux, les années passent, il divorce, est toujours hanté par cette femme. En rangeant ses livres, Mickaël retombe sur ses lectures adolescentes et a l'idée d'enregistrer à Hannah sur cassettes les romans qu'il lui a lus, puis ceux qu'il aime, et ceux qu'il écrit. Comme un fil qui le relierait à elle sans l'impliquer intimement. S'instaure un envoi mensuel de colis à la prison, auquel il n'adjoint aucune lettre, et qui dure plus de dix ans, jusqu' à ce qu'il reçoive des petits mots maladroits d'Hannah. Bouleversé, il comprend que pour lui elle a appris à lire et à écrire, et en est profondément touché. La correspondance singulière se poursuit entre eux, mais il ne lui écrit jamais. Alors qu'elle bénéficie d'une réduction de peine, et va sortir de prison, Mickaël découvre pour la première fois après plus de vingt ans une vieille femme mal soignée et en est dégoûté. Hannah se suicide à la veille de sa sortie, dans sa cellule.

 

Voilà pour le livre, dans les grandes lignes...  

 

Le film lui, n'est sorti qu'en 2008, au terme de longues années de réécriture, embûches et opiniâtreté; superbe co-production américano-allemande, il explore et met en scène une autre dimension, un tout autre angle: celui d'Hannah, occulté dans le livre. Nous voyons la lumineuse Kate Winslet tour à tour attendrie et apeurée, combative et déprimée, orgueilleuse et pleine de grâce, digne et fragile. Nous comprenons ses espoirs et ses attentes déçues, sa rage de vivre et de surmonter enfin sa honte. Hannah est fière dans sa bêtise et préfère la prison à l'aveu de sa faiblesse. Elle a vécu traquée, et l'amour et le soutien de Mickäel, magistral Ralph Fiennes à l'âge adulte, représentait son seul espoir de salut; sa lâcheté d'homme déçu l'a achevée. En mourant, elle a libéré les sentiments refoulés de Mickaël, ne laissant à nu que la honte de sa conduite, mais lui permettant, peut-être, enfin, de s'affranchir des chaînes secrètes et destructrices de leur longue passion. Mickaël n'a en effet pas réussi à prendre la dimension de cette femme, à ressentir une quelconque empathie, il a grandi replié sur sa déception amoureuse adolescente qui l'a détruit à petit feu et l'a empêché de savoir aimer et d'être un homme épanoui.

 

 

Mentionnons la note d'espoir du film, qui réside dans le rapprochement final de Mickaël et de sa fille, qu'il se sent enfin capable d'accueillir complètement et à qui il va ouvrir son coeur, puisque sa culpabilité s'est dénouée grâce au deuil.

 

Ainsi, et c'est si rare que cela mérite d'être souligné, livre et film, les deux se complètent harmonieusement et se rééquilibrent intelligemment.

Malgré les petits arrangements de scénario, qui ne sont pas fidèles au livre et m'ont perturbée, je pense avec un peu de recul qu'il est judicieux d'avoir ce double éclairage sur une réalité aussi cruelle que romantique, et qui continue de tarauder tous les allemands nés dans les années quarante, et plus largement si l'on dépasse Hitler, tous ceux ayant connu une situation similaire. Au-delà du fait qu'il est effarant d'accepter la prison pour préserver son secret honteux de femme analphabète, au-delà de l'histoire d'amour aussi tragique qu'amorale, sur fond d'histoire allemande d'après-guerre, le livre et son film se dressent et nous posent de nombreuses questions dérangeantes...

Comment vivre avec ce poids mortifère sur la conscience, a-t-on le droit d'aimer ceux qui sont responsables d'atrocités, peut-on tout pardonner au nom de l'amour, et peut-on comprendre l'innommable, comprendre est-ce pour autant accepter, comment amour et culpabilité se donnent-ils la main sur fond d'éthique socio-politique ?

 

A bientôt pour vos commentaires avisés,

 

Claire

 

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 23:14

 

 

    Ah ! Les amis,

 je viens de terminer un fabuleux roman, que je vous conseille fortement... Il s'appelle "la Musique du père" et est écrit par l'auteur et poète irlandais prolifique Dermot Bolger, que je découvre avec les frémissements renouvelés et le ravissement ébahi des mots pensés, écrits, puis traduits patiemment pour arriver jusqu'à ma langue, comme les galets roulés par la vague et déposés polis sur la grève.

   

 

 

L'histoire ? Une quête d'identité, d'amour, de vérité et de reconnaissance, portée par Tracey, jeune fille anglaise, paumée, esseulée, pétrie de désenchantements et couturée de secrets trop lourds pour ses jeunes épaules. Terriblement attachante, intelligente et intuitive, Tracey est cette nageuse en apnée, yeux ouverts, qui touche le fond et se demande ce qui pourrait lui donner envie de remonter boire sa goulée d'air.

Elle traîne la honte et la folie dépressive de sa mère, l'espoir déçu de son intransigeante grand-mère, le silence étouffant des siens et l'abandon de son père, qui se heurtent à la violence et l'appétit frénétique de ses vingt ans. Son quotidien n'est qu'errance, questionnements, auto-protection et destruction. Elle vit au rythme de la nuit, s'étourdit de sorties pour éviter ses démons intérieurs qui surgissent en cauchemars et en flashbacks. 

Sa mère vient de mourir lorsqu'elle rencontre Luke, un homme ombrageux et séducteur; sa vie prend alors un tour incontrôlable et vertigineux qui la dépasse et l'attire.

Tracey entretient avec son amant irlandais qui a le double de son âge une relation adultère, sensuelle et sauvage qui l'emmène vers des contrées aussi brumeuses que les falaises de Dublin et aussi dangereuses que les guerres de clans. Loin d'exorciser son passé douloureux, cette relation passionnelle, dont elle accepte d'être le jouet autant sexuel que manipulé, fait remonter à la surface ses terreurs enfantines.

Dans un monde où règne le crime organisé, la corruption, le mensonge et la vengeance, Tracey et Luke se cherchent et se poursuivent des ruelles clignotantes de Londres aux villages perdus du Donegal, et leurs périples sont accompagnés des chants sean-nos plein de douceur et de fantaisie et des violons lancinants perçant les pubs.

 

Toute une tribu irlandaise se profile derrière Luke, l'exilé anglais qui a réussi loin des siens, et la galerie de ces personnages dessine une ribambelle de regards, de tignasses et de caractères trempés, pétrie de fierté et d'honneur familial.  

Battant la lande, bravant l'inconnu et le chaos meurtrier qui enfle autour d'elle, Tracey s'aiguillonne d'un fol espoir qui lui redonne chair et raison: retrouver la trace de son père, ce vieux musicien vagabond errant qui a jadis séduit sa toute jeune mère avant de l'abandonner pour retourner à ses chemins de terre et à sa musique gaélique familière. Pourtant haï, jamais compris, pensé mort depuis longtemps, cet homme sans visage, dont elle n'a pas de souvenir hors les malveillances de ses grands-parents et la tristesse d'amoureuse déçue de sa mère, Tracey va pour se retrouver, aller se perdre dans ses traces. Le salut de l'enfant lui viendra-t-il de la musique de son père ?

Dermot Bolger a cette écriture sêche et puissante de la tragédie humaine; il nous emmène d'une poigne ferme, dans une descente aux enfers autant que dans le lyrisme de son pays, au travers de ce récit envoûtant, qui nous tient en haleine, par le fil tendu de son archet. Si j'ai été séduite par cet écrivain que je n'avais jamais lu auparavant, je suis d'autant plus heureuse d'avoir appris que cet homme était également fort apprécié pour sa poésie, même si ce roman me touche essentiellement par la sensibilité du portrait de l'héroïne. 

 

Avant de vous quitter, et comme Dermot Holger le précise dans sa préface dédicacée, je ne résiste pas moi non plus du coup à la tentation de vous faire écouter un fameux chant sean-nos ("vieux style" en gaélique, soit, chant traditionnel irlandais). Soit partagés a capella soit chantés accompagnés de danse et de musique (violons, accordéons, flûte), ils sont très exceptionnellement enregistrés, mais plutôt transmis par l'oralité, et de maître à élève...

Le mieux étant certainement de les entendre en live, dans le pub poussiéreux et reculé d'une toute petite bourgade endormie au creux d'un vallon de tourbe...

un masculin: http://www.youtube.com/watch?v=oGelrimeD7c

 

un féminin: http://www.youtube.com/watch?v=JE6QDQdwo9E



Au plaisir de vous lire, bien sûr...

 

Claire

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 21:50

 

Je ne fais jamais les choses dans l'ordre, appelons cela, mon esprit de contradiction...

Toujours est-il que je viens de lire, avec plusieurs mois de retard, le délicieux et romantique "Retour parmi les hommes" de Philippe Besson.

Ce ne serait pas si grave de découvrir une pépite bien après sa sortie - quoiqu'encore dans l'année de sa publication- si je n'avais poursuivi mon égarement à entreprendre dans la foulée de la dernière page refermée, bien qu'avec un peu d'appréhension, l'ouverture de la première page de l'opus initial... écrit dix ans avant, "En l'absence des hommes".

Découvrir une histoire par son deuxième épisode, n'est ce pas une hérésie littéraire, un non-sens, une absurdité ?

Et bien, finalement, chers lecteurs, je vous rassure, l'exercice n'est pas difficile, ni incohérent et ne fausse en rien l'oeuvre globale. Philippe Besson, dans sa grande sensibilité devait certes avoir prévu des cas obtus comme moi... et, fort de ses neuf romans intermédiaires, y a adroitement pensé puisqu'il distille dans son nouveau livre pas mal d'allusions au premier tome, permettant au néophyte de s'y retrouver sans gêne et de cerner toute l'émotion vive de ce personnage dans le silence fervent de ses désillusions tandis qu'il lèche encore ses blessures.

 

C'est en effet en 2000 que Philippe Besson, un inconnu de 34 ans, publiait "En l'absence des hommes", un premier roman remarqué par le jury du prix Emmanuel-Roblès et par l'ensemble de la presse, sensible à son évocation fine et pudique de l'amour et de la mort sur fond de Grande Guerre. 

Vendu à plus de 80.000 exemplaires, "En l'absence des hommes" avait été l’un des best-sellers de l’année. Dix ans plus tard, en janvier 2010, il continue l'histoire de son héros et offre avec "Retour parmi les hommes" une suite à son premier roman.

Écrire une suite est toujours un exercice difficile... nombre d'écrivains s'y sont cassés les dents. 

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, comme moi d'ailleurs, ce premier roman se passait en 1916 et racontait l’histoire de Vincent de L’Etoile, jeune dandy adolescent né avec son siècle, aristocrate parisien qui, sous les obus de la Première Guerre mondiale, découvrait l’amour et l’amitié. L’amitié et la confiance avec Marcel Proust, auquel Besson dédie un hommage aussi attendrissant que sincère. L’amour fulgurant et inattendu avec le jeune Arthur Valès, le fils de la gouvernante. Un amour aussi bref qu’intense, puisqu’après une semaine de passion Arthur repartait au front, à Verdun. Il n’en reviendra pas, Vincent ne s’en remettra pas.

Là se terminait le premier livre.

 

 

"Retour parmi les hommes" est un roman lumineux d'amour et de souffrance comme Besson sait en écrire.


Nous sommes en 1923, sept années ont passées et Vincent n’a rien oublié de son premier amant, ni du soutien ou des conseils que Proust lui a prodigué . Pourtant, il n’a eu de cesse de voyager. A pied, en train ou en bateau, en Abyssinie sur les traces d’Arthur Rimbaud, aux Etats-Unis en quête d’une terre promise, en Italie à la recherche d’un peu d’insouciance : Vincent a parcouru le monde.


Il aurait bien aimé ne jamais plus mettre un pied en France, continuer cette vie de nomade, de bête sauvage, mais voilà qu’un beau jour un messager envoyé de Paris vient à New-York l’arracher à son anonymat volontaire : sa mère est en train de mourir, elle voudrait son fils à son chevet.

Mais n'est-il pas encore trop tôt pour affronter les lieux des souvenirs intenses ? C'est avec un regard froid, mûri, détaché sur le nouveau Paris que Vincent retrouve son pays. Tout a changé depuis la guerre : sa relation avec sa mère austère et sêche, représentative d'un monde en passe de disparaitre totalement, une mère qui ne voit en lui qu'un héritier, l'effervescence de la nouvelle vie parisienne pleine de bruits, d'excès, de plaisirs divers, de jazz importé des States, cette course effrénée à s'étourdir pour tenter d'oublier les séquelles des années de la Grande Boucherie.

Au milieu de cette ébullition, Vincent rencontre Raymond Radiguet, jeune romancier dont le Tout Paris parle et se dispute la présence. Les deux hommes, sans partager les mêmes sentiments, se comprendront tout de même. Raymond sera même la petite étincelle qui redonnera goût à la vie à Vincent, lui permettre un retour possible parmi les hommes.

C’est dans un café de Montparnasse que Vincent va rencontrer l'auteur du Diable au Corps, il ignore encore tout de ce petit génie littéraire de vingt ans à peine. Mais bientôt il va comprendre : « Raymond, donc est un jeune homme qui écrit des livres. Ainsi, il emprunte à Arthur ses vingt ans et à Marcel sa passion pour l’écriture. Il est une synthèse chimiquement pure des deux êtres qui ont compté le plus dans mon existence ». Après sept années d’aventures sans lendemain, Vincent ne va pas tarder à aimer de nouveau.

 

Et comme d'habitude, cette histoire est juste, forte, sobre, pleine de pudeur. C'est du Philippe Besson sans fioritures, sans mots de trop. Le silence étant parfois plus éloquent qu'un fleuve de mots l'auteur va à l'essentiel, celui de rendre la douleur pourtant si violente, dévastatrice. Vincent est un véritable héros romantique; celui qui écoute, mais qui n'exprime pas, qui souffre en silence, espère seul, ne partage guère ses réflexions et ne répond pas aux questions.

 

Quand on le quitte, pour la deuxième fois, Vincent a 23 ans. Il a connu et fréquenté Proust et Radiguet, nous les a rendu plus proches et plus humains dans leur fragilité. On aimerait ne pas attendre dix ans avant de retrouver ce jeune dandy désespéré, si élégamment campé, et savoir quel écrivain célèbre croisera cette fois son chemin...!

 

Deux belles interviews de l'auteur pour mieux comprendre les deux livres: link (video) + link (texte)

 

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 15:41

 

 

 Chers amis,

 

 

Il me faut sans tarder vous faire partager cette merveille que j'ai dévorée et dont les paroles lumineuses m'habitent encore... Je n'ai de cesse de le feuilleter encore et encore pour y rechercher les passages les plus émouvants.

 

Après La Vie d'une Autre et la Grand-Mére de Jade, Frédérique Deghelt nous offre avec son troisième roman une litanie d'amour, une sérénade féminine à deux voix.

Du Brésil, à Paris, des dunes du Cap Ferret à la jungle amazonienne, deux femmes de génération différente se dévoilent en une confession amoureuse traversant les époques.

Monologue enfiévré et journal de voyage secret et sacré se succédent et s'enchevêtrent peu à peu au fil de la lecture autour d'un tiers personnage, livrant au roman un rythme de valse à trois temps, et ménageant au lecteur emporté, pauses et silences aux moments les plus intenses.

Chacune fait le choix de partir, ou de s'enfuir, vers d'autres horizons, avec sa jeune foi radieuse en bandoulière et ses projets d'évangélisation pour la soeur, pour apaiser sa souffrance de l'attente du vide ou du silence de son amant pour l'autre femme. Au bout du compte, chacune parle ou écrit dans un instinct de survie face à la folie d'un amour dévastateur, un sursaut pour comprendre ce qui lui arrive, s'isoler pour se protéger, prendre du recul face au quotidien dans l'espoir de se retrouver. Elles vivent leurs histoires inattendues et nous livrent leurs atermoiements sensuels et tourmentés, le trouble de leurs désirs nouveaux et la fulgurance de leur état de bonheur passionné.

Le dénouement se tisse avec une infinie tendresse et nous laisse allongé sur le sable, à marée basse, dévasté...le sourire au lèvres.

 

Alors, lâchez tout ce que vous lisez à l'instant et jetez-vous à cœur perdu dans ce roman délicieux.
Dès l'épigraphe, les quelques vers de Victor Hugo, (que Brassens et Barbara mettront en musique) sont une belle référence à La Légende de la Nonne. «Il était laid : les traits austères, la main plus rude que le gant ; Mais l'amour a bien des mystères, et la nonne aima le brigand». (link).

 

Regardez ci-dessous l'interview de l'auteur sur son livre:  link

 

http://www.thebookedition.com/advanced_search_result.php?keywords=claire+fessart

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 11:44

 

Faith Book :-)

 

 

Bonjour chers amis,

 

 

 

Plaisir de lire... je ne connais rien de plus détendant que le calme d'un voyage secret entre les pages d'un bon bouquin. Peu importe la pluie, le sommeil, la fatigue, l'appétit, les contrariétés ou les impératifs extérieurs lorsqu'on plonge dans la sollicitation exquise d'une conversation écrite, qui se déroule à notre envie, à notre rythme, presque hors temps.

Lire est une escapade nécessaire pour s'extraire du monde tout en le comprenant infiniment mieux, ouvrir des fenêtres nouvelles et inattendues et soupirer de silence, faire des rencontres improbables et exotiques, se travestir en autant de personnages et lire la vie telle qu'on ne l'aurait jamais cru.  

 

Deux petites chroniques pour étayer cette foi de lecture qui me tient depuis toujours dans sa paume:

 

 

 

« La pluie avant qu’elle tombe » est une sorte d’interlude dans la carrière de Jonathan Coe, quelque-chose de doux, de calme et d’inoffensif, un roman intimiste et mélancolique bien loin des comédies satiriques auxquelles cet excellent écrivain anglais nous avait accoutumés et auxquelles j'étais résolument fan.

Jonathan Coe signe un roman poignant soigneusement construit autour de la description de vingt photographies, des instantanés de vie qui rythment la narration et restituent peu à peu une douloureuse histoire de famille marquée par le désamour maternel sur plusieurs générations...

Une vieille dame décide de s'adresser à sa nièce perdue pour lui retracer l'histoire de sa vie et espère ainsi réparer les incompréhensions et les blessures avec lesquelles elle a grandi. Elle s'enregistre sur des cassettes avant de mourir et commente pour elle des photos qui font ressurgir des pans entiers du passé . Le procédé littéraire est attendrissant et permet en 20 scènes clefs de reconstituer une saga de femmes,  une épopée familiale avec ses inévitables déchirements. Et il en résulte un joli texte plus poétique que d’habitude, empli de nostalgie et d’amitiés rompues. Un esprit « carte-postale » avec ses moments de grâce et d’instantané de vie.

Comme quoi, il est toujours vivifiant tant pour l'auteur que pour le lecteur, de changer de temps en temps de registre...

 

 

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Elisabeth Gilbert nous invite à un voyage autobiographique vers l'inconnu, joyeux, naif et émouvant.

N'ayant pas vu le film tiré de son roman, ni lu les critiques s'y afférant, je n'avais heureusement pas de visuel ou d'a priori avant de partir autour du monde avec cette femme exsangue et pétrie d'auto-apitoiement pour en revenir en lui tenant la main, apaisée et souriante...

J'ai découvert au fil de ces pages la libération de la solitude et la force de l'amitié, les difficultés et les vertus de la méditation, mieux compris la vanité de nos petites entreprises humaines et accepté que seul le calme intérieur permet de supporter le chaos du monde. Quant aux séquences italiennes, elles m'ont mis l'eau à la bouche...

A trente et un ans, Elizabeth possède tout ce qu’une femme peut souhaiter : un mari dévoué, une belle maison, une carrière prometteuse. Pourtant, elle est rongée par l’angoisse et le doute. Un divorce, une dépression et une liaison désastreuse la laissent encore plus désemparée. Elle décide alors de tout plaquer pour partir seule un an à travers le monde !
Trois voyages, découpés eux-mêmes en 108 chroniques, soit autant de grains que le japa mala, collier de prières hindou, dans lesquelles l'auteur retrace son cheminement à la découverte d'elle-même.  

Elisabeth Gilbert est un personnage narratif attachant, qui décrit, dans un style très libre, ses rencontres, expériences et réflexions au cours de ses séjours successifs en Italie, en Inde et en Indonésie. En Italie, elle s'abandonne aux délices de la dolce vita et du farniente; en Inde, ashram, méditations et rigueur ascétique l’aident à discipliner son esprit et, à Bali, elle cherche à réconcilier son corps et son âme pour trouver l'amour et cet équilibre qu’on appelle le bonheur…

 

 

 

Voilà, chers amis, deux nouveaux livres faciles à partager avec vous...                

Donnez moi vite vos derniers coups de coeur personnels pour qu'on échange nos points de vue !

Au plaisir de vous lire au fil de vos commentaires et de tous vos blogs divers que j'aime également visiter, et bon printemps...            

 

Claire

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 20:48

 

Bonjour chers amis,

 

L'arrivée de l'automne me semble le moment propice pour que nous parlions de feuilles.

Pas de celles tournoyantes, racornies, jaunissantes, rougissantes et frémissantes qui virevoltent et sèment jardins et trottoirs de leur tapis élastique et bruissant.

Plutôt de celles, tournées, cornées, dévorées, gorgées d'encre noire et parsemées de caractères comme de petits insectes endormis, qui attendent patiemment le mouvement sec du doigt, un brin de vent malicieux ou un sage marque-page avant la nuit.

Feuille après feuille, au pied des arbres ou à leur ombre, se sont mêlées feuilles sêches et feuilles planes, cousines de nature, aux cycles succesifs, elles se rejoindront un jour en un humus généreux.

 

Nature et Lecture étant de la même famille, abordons maintenant les livres que je voudrais partager avec vous, puisqu'ils m'ont touchée cet automne...

 

1. Vivement l'Avenir, de Marie-Sabine Roger

 

 

L'histoire se passe dans un petit coin perdu et sans intérêt, entre la nationale, le ciel bas, le canal et le poulailler industriel. Les gens qui s'y croisent oscillent entre le chomage, le bistrot, le travail, les rêves et le temps qui passe avec ses illusions. On se croirait dans un Zola moderne, sans le style ni les descriptions.

Comme dans son premier opus, La Tête en Friche, Marie-Sabine Roger aime là encore susciter les rencontres improbables, caricaturer et montrer du doigt mauvaises intentions et bas instinct, croquer mesquineries et méchancetés, et faire parler les nerfs de ses personnages écorchés.

Le ton est vif, l'humour est noir, mordant, les mots incisifs et l'émotion au bord des yeux.

Car les personnages sont incroyablement attachants dans leur insignifiance apparente.

 

L'histoire, une lecon incroyable d'humanité et d'optimisme.

L'espoir retrouvé par le partage de détresse et d'amitié entre une jeune fille errante et solitaire, qui se cache pour mieux s'enfuir, ou s'enfuit pour mieux se cacher, et un handicapé physique et mental. A ce duo improbable et claudiquant, se joindront ensuite le déprimé de service et son copain alcoolo au coeur tendre...

Et comme en mathématiques, moins et moins, font plus... Grâce à celui que tous prennent pour un monstre, trois paumés, prisonniers d'un quotidien sans issue retrouvent sens, dignité et but à leur vie. Tous les quatre deviendront les héros d'un avenir plein de rires.

 

 

2. Quand blanchit le Monde, de Kamila Shamsie

 

 

Rien que la couverture vous emmène en voyage...

... Avant de comprendre que ces oiseaux migrateurs survolant cette femme noyée dans ses secrets ont plusieurs sens.

Tout commencera avec les ailes noires de la bombe de Nagasaki qui ont foudroyé le destin d'Hiroko, une jeune japonaise amoureuse, en se posant pour toujours dans son dos.

Les migrations entrecroisées de deux familles, au-delà des guerres, des nationalités, des classes sociales et des conflits, des époques et des pays: entre le Japon, l'Inde, le Pakistan, l'Angleterre et les Etats-Unis.

Les ailes des mots, qui voyagent entre les langues et ont le pouvoir ou le courage de tout comprendre, tout traduire, tout expliquer, tout justifier, sauf la violence insupportable des hommes.

Les oiseaux multicolores des jardins de paradis, les oiseaux insouciants des guerres de religions ou de territoire, le monde n'est qu'un long envol vers le soleil blanc qui l'absorbe et lui donne sagesse.

Sur trois générations, tragédies, bonheurs et espérances se poursuivent, comme des anges gardiens au-dessus des personnages de ce roman fleuve que l'on quitte à regret.

Premier roman d'une pakistanaise dont j'attends déjà les prochains manuscrits, remarquablement bien écrit, et traduit, la justesse des images et des personnages ne cesse de me hanter. Je voudrais connaître chacun d'entre eux, pour les remercier, Hiroko pour sa force gracile, Konrad pour sa poésie, Sajjad pour son ambition lucide, Ilse pour son humour, Raza pour sa fragilité, Kim pour sa tendresse solitaire et Harry pour sa clairvoyance.

 

 

3. Trois fois Septembre, de Nancy Huston

 

 

A la bibliothèque, le titre, de saison, m'avait plu, et l'auteur de surcroît ne m'avait jamais décue mais plutôt toujours comblée: ce petit roman me semblait donc déjà la cerise sur le gâteau lorsque je le découvrais pour une fois en rayon.

Impossible de m'arrêter, je l'ai lu presque d'une traite, comme il s'écrit d'ailleurs.

Une mère et sa fille passent ensemble un long week-end à lire les carnets secrets de la meilleure amie de la jeune fille, rencontrée deux ans auparavant. Le lecteur ne comprend pas pourquoi cette dernière est si bouleversée à l'idée d'ouvrir la boîte de Pandore renfermant l'intimité de son amie... et est donc suspendu au rythme de la lecture-découverte. 

Et peu à peu, nous entrons dans l'histoire, au fil des feuillets manuscrits et des lettres retracant les amours, amitiés et le quotidien des personnages, ponctuées des réactions et émotions de la mère et de sa fille ...

Haletant, évidemment, comme seule Nancy Huston sait le faire, avec un choix de mots tellement saisissant que l'on rêverait de savoir réciter certains passages par coeur.

 

Voilà, chers amis, trois livres sur un plateau... Si vous les avez lus, dites moi vite ce que vous avez ressenti !

 

A bientôt, au plaisir de vous lire tous,

 

Claire Fessart.

 

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 18:57



Un bien joli titre... pour la période douillette de l'Avent.

Une lecture à conseiller au coin du feu pour le week end, et à passer ensuite à vos ados...

Voilà l'histoire de Charly, enfant de la cité qui raconte la vie, sa vie, cette drôle de vie du haut de ses 10 ans et tout au long d'une seule journée qui marquera le tournant inévitable de son enfance protégée.

Malgré une écriture malhabile et parfois décalée par rapport au personnage, Samuel Benchetrit réussit à nous faire partager les espoirs et les inquiétudes de son sacré petit bonhomme.
Ses doutes et ses errances entre les barres de ses immeubles de banlieue grises, taggées, détruites, ses réflexions importantes et rafraîchissantes qu'il nous assène avec la spontanéité de son âge, ont la tendresse d'un baiser du soir, entre les draps réchauffés, à la fin d'un conte venu du Mali...




L'écrivain, également réalisateur, propose un regard sur la vie des quartiers quand on est haut comme trois pommes. Son petit Charly parle de choses aussi sérieuses que la vie dans la cité, son frère rongé par la drogue, l'amour secret pour une fille, les réflexions avisées d'un collégien ou encore la crainte de ne plus revoir sa mère malienne et sans papiers.
Sans militantisme, ni politique. Mais avec une grosse pointe d'humour. Simplement le cœur à nu.
Un enfant doux, observateur et trouillard, qui aime le foot avec ses copains, les rédactions à l'école, la course des nuages, la démarche de sa mère, Paris et son musée Picasso, les battements de son coeur et les nouveaux mots importants...

Seule la fin me laissera en suspens, en haut de la montagne de terre, la tête entre les genoux et le vent dans les cheveux, avec un arrière-goût un peu amer dans la bouche.


Quelques extraits choisis, pour vous donner envie:
"La différence entre les gens, je ne sais pas si vous avez remarqué, il y en a qui veulent être jeunes pour recommencer, et d'autres plus vieux pour pouvoir commencer."

" Ce qui est bizarre avec le coeur, c'est ce qu'il peut ressentir en même temps. On peut être triste, et heureux à la fois. Ce que je ressentais pour Mélanie m'empêchait sûrement de ne pas trop penser au reste. Et je voulais protéger ce frisson.
Je savais qu'il me rendait fort."

"J'ai regardé le paysage et c'était la déprime. C'est un quartier neuf mais plus trop quand même. Pour vous dire, les immeubles et les arbres ont été plantés en même temps, mais les immeubles ont vieilli plus vite que les arbres ont poussé."

"Quand je lis un bouquin ou un poème, j'aime bien me souvenir d'une phrase ou deux. C'est que j'y repense souvent après, quand je m'ennuie ou avant de m'endormir. Même si je comprends pas trop, je me dis qu'un jour, les choses seront claires dans ma tête. Comme un cadeau que je garderais sans défaire le paquet."

A découvrir, à partager, à revenir commenter ici... !

Bonne lecture, et au plaisir de vous lire bientôt,


Claire


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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 15:06




Bonjour à tous,

Je vous invite aujourd'hui à une cure d'exotisme...
Voici pour vous, cet Itinéraire d'Enfance, un roman initiatique qui a la saveur d'un conte de fées aux couleurs de la liberté...




C’EST UN MIRACLE MATINAL, une rencontre à l’orbe du printemps. Quand les frondaisons s’affirment lentement, capturent un moment les premiers rayons du soleil. Il y a cette teinte de vert, très tendre, très pure, sur les boulevards. Ce tremblement doré aux façades, ces bruits comme amortis. Et l'écriture tendre de Duong Thu Huong, pareille à une invitation au voyage. Une initiation plutôt...



Car il n’est pas question ici de tourisme ou de villégiature apaisée. Itinéraire d’Enfance nous ramène dans son pays, le Vietnam. Ni la douceur du ton ni le grand calme qui émane de Duong ne peuvent faire oublier que sa route évoque le parcours d’un combattant.

Ainsi nous suivons les premiers pas de Bé, le double de Duong, jeune fille partie retrouver son père. Mieux qu’un roman éblouissant, il s’agit d’un conte. Ecriture limpide, descriptions qui oscillent entre aquarelle et fusain, empathie dénuée d’affectation, il y a dans ces pages une innocence qui n’est pas de la naïveté, une candeur naturelle qui est la marque des âmes fortes, des esprits curieux du monde et d’eux-mêmes. Une propension naturelle à effacer les frontières, le goût inné de la liberté. Itinéraire d’Enfance est un livre au présent, où chaque instant apporte sa part de lumière ou de ténèbre. Un livre gourmand, savoureux qui nous fait partager les senteurs simples et délicates de la cuisine traditionnelle vietnamienne. Un livre éminemment poétique et empreint de fraicheur et de spontanéité.

Duong Thu Huong y évoque les tribulations d'une gamine espiègle et entreprenante à la fin des années cinquante. Bê a douze ans, sa vie dans le bourg de Rêu s'organise entre sa mère, ses amis, ses voisins et ses professeurs. Son père, soldat, est en garnison à la frontière nord. Mais parce que son caractère est déjà bien trempé et qu'elle ne supporte pas l'injustice, elle prend la défense d'une de ses camarades abusée par un professeur, et se voit brutalement exclue de l'école. Révoltée, elle s'enfuit de chez elle, avec sa meilleure amie, pour rejoindre son père.
Commence alors un étonnant périple : les deux adolescentes, livrées à elles-mêmes, sans un sou en poche, voyagent en train, à pied ou en autobus, à travers les montagnes du nord, peuplées par les minorités ethniques. Elles finiront par arriver à destination, après des aventures palpitantes et souvent cocasses : Bê la meneuse, non contente d'avoir travaillé dans une auberge avec son amie, tué le cochon, participé à la chasse au tigre, va également confondre un sorcier charlatan et jouer les infirmières de fortune.
Au fil des mois et des rencontres, l'adolescente grandit, mûrit, et fait l'apprentissage de la liberté. Duong Thu Huong avoue avoir donné beaucoup d'elle-même à son héroïne...
C'est un véritable roman d'éducation que ce livre limpide et captivant qui, dans un festival de sons, d'odeurs, de couleurs et de paysages, dépeint la réalité du Vietnam après la guerre contre les Français.

Tout premier roman de l’auteur, Itinéraire d’Enfance a été conçu pour une raison très particulière : « Je devais venir en aide à une amie qui était rédactrice dans une maison d’édition pour enfants. Elle était en difficulté et m’a demandé d’écrire un roman. Je l’ai fait en deux mois, le livre a obtenu un très grand succès... » Elle ajoute en souriant : « Je le trouve pourtant très peu considérable. »
Elle a tort : « Quand le train passe derrière un versant de la montagne, je finis par voir une lueur. C’est une lumière rouge qui vacille au milieu de la vallée. Ce pourrait être la torche d’un paysan qui avance, muni de sa pioche. Cet homme ne sait pas que sa torche vient d’allumer en moi, une petite fille inconnue, l’espoir d’une vie heureuse. » 



Duong Thu Huong connaît le prix à payer avant de trouver enfin la paix. Le poids de l’exil aussi. Et c’est peut-être ce qui donne à son sourire une telle lumière, une telle chaleur et autant de sincérité. La certitude que rien n’est jamais sûr, l’expérience de la fragilité du bonheur, moments volés à l’oubli, à l’histoire – de la précarité terrible de toute vie. La raison ? Evidente et cruelle : Duong Thu Huong est de ces femmes dont la vie se confond avec les événements, les bouleversements du monde. Chassée de son village pour avoir aimé un garçon plus jeune qu’elle, sauvée par un moine bouddhiste, elle vit en solitaire, écrit des textes qui analysent la situation du peuple vietnamien, connaît l’enfermement, puis la résidence surveillée de 1990 à 2006. Une ennemie du peuple. Tout journaliste qui cite son nom est arrêté.
Avant d’être une héroïne possible, un étendard, un symbole crédible, elle s’essaya au plus difficile : être soi-même. Ne pas se renier. Et, malgré tout, garder le goût du partage. Savoir s’effacer, se mettre en danger pour une idée, pour un ami, pour les autres. « J’aimerais pouvoir faire des choses utiles (...), j’aimerais pouvoir apporter le bonheur à mes proches, devenir le vrai soutien de ma famille. » Voilà ce à quoi songe Bé, qui ajoute : « Je n’ai pas l’habitude de dormir loin de chez moi, et ma nuit est peuplée de rêves bizarres où se mélangent mythes et réalité. Pourtant, je dors très bien, d’un sommeil qui m’apporte la sérénité et le courage nécessaires pour affronter les jours à venir. »
En 1991, Duong Thu Huong est en prison, rongée par la gale, le sang coule, les vers se glissent sous la peau, l’eau est souillée, elle va mourir. Un gardien lui jette une boîte de médicaments cachée dans un mouchoir. Il risque sa vie, elle est sauvée. Il lui dira plus tard qu’Itinéraire d’enfance est le seul roman qu’il ait jamais aimé. Elle observe simplement : « Chaque livre a sa vie, totalement indépendante de l’auteur... »



Elle vient d’avoir 60 ans. Vit en France depuis la sortie du magnifique Terre des Oublis (Sabine Wespieser Editeur), en janvier 2006. « La nostalgie de mon pays me ronge, mais j’ai la liberté... »
Elle vient de terminer un long roman, Au Zenith, que je m'apprete à dévorer avec autant de gourmandise que les deux précédents... Elle dit que la littérature est son plaisir. « Aujourd’hui, j’ai le droit de goûter quelque chose pour moi-même. » Lent sourire. « Je suis à la fois heureuse et triste quand je songe à mon existence. J’ai beaucoup vécu pour les autres. Maintenant je pense à moi. Je sais que je suis juste en prenant cette décision. Cependant, je ne sais pas encore exactement ce que je veux. Je suis un animal douloureux, condamné à souffrir. C’est la destinée.




Lisez ce sublime Itinéraire d'Enfance, et appréciez la détente incomparable que génère le rythme des mots de cet auteur ...puis parlez m'en !

Pour terminer ce coup de coeur littéraire, je suis heureuse de vous donner à tous rendez-vous au Salon du Livre de Paris à la Porte de Versailles, le vendredi 13 mars prochain: je serai présente toute la journée sur le stand de mon éditeur, TheBookEdition.com, stand F014, pour une belle journée de partage, de rencontre et de dédicaces.

A bientot,

Claire

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