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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 21:50

 

Je ne fais jamais les choses dans l'ordre, appelons cela, mon esprit de contradiction...

Toujours est-il que je viens de lire, avec plusieurs mois de retard, le délicieux et romantique "Retour parmi les hommes" de Philippe Besson.

Ce ne serait pas si grave de découvrir une pépite bien après sa sortie - quoiqu'encore dans l'année de sa publication- si je n'avais poursuivi mon égarement à entreprendre dans la foulée de la dernière page refermée, bien qu'avec un peu d'appréhension, l'ouverture de la première page de l'opus initial... écrit dix ans avant, "En l'absence des hommes".

Découvrir une histoire par son deuxième épisode, n'est ce pas une hérésie littéraire, un non-sens, une absurdité ?

Et bien, finalement, chers lecteurs, je vous rassure, l'exercice n'est pas difficile, ni incohérent et ne fausse en rien l'oeuvre globale. Philippe Besson, dans sa grande sensibilité devait certes avoir prévu des cas obtus comme moi... et, fort de ses neuf romans intermédiaires, y a adroitement pensé puisqu'il distille dans son nouveau livre pas mal d'allusions au premier tome, permettant au néophyte de s'y retrouver sans gêne et de cerner toute l'émotion vive de ce personnage dans le silence fervent de ses désillusions tandis qu'il lèche encore ses blessures.

 

C'est en effet en 2000 que Philippe Besson, un inconnu de 34 ans, publiait "En l'absence des hommes", un premier roman remarqué par le jury du prix Emmanuel-Roblès et par l'ensemble de la presse, sensible à son évocation fine et pudique de l'amour et de la mort sur fond de Grande Guerre. 

Vendu à plus de 80.000 exemplaires, "En l'absence des hommes" avait été l’un des best-sellers de l’année. Dix ans plus tard, en janvier 2010, il continue l'histoire de son héros et offre avec "Retour parmi les hommes" une suite à son premier roman.

Écrire une suite est toujours un exercice difficile... nombre d'écrivains s'y sont cassés les dents. 

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, comme moi d'ailleurs, ce premier roman se passait en 1916 et racontait l’histoire de Vincent de L’Etoile, jeune dandy adolescent né avec son siècle, aristocrate parisien qui, sous les obus de la Première Guerre mondiale, découvrait l’amour et l’amitié. L’amitié et la confiance avec Marcel Proust, auquel Besson dédie un hommage aussi attendrissant que sincère. L’amour fulgurant et inattendu avec le jeune Arthur Valès, le fils de la gouvernante. Un amour aussi bref qu’intense, puisqu’après une semaine de passion Arthur repartait au front, à Verdun. Il n’en reviendra pas, Vincent ne s’en remettra pas.

Là se terminait le premier livre.

 

 

"Retour parmi les hommes" est un roman lumineux d'amour et de souffrance comme Besson sait en écrire.


Nous sommes en 1923, sept années ont passées et Vincent n’a rien oublié de son premier amant, ni du soutien ou des conseils que Proust lui a prodigué . Pourtant, il n’a eu de cesse de voyager. A pied, en train ou en bateau, en Abyssinie sur les traces d’Arthur Rimbaud, aux Etats-Unis en quête d’une terre promise, en Italie à la recherche d’un peu d’insouciance : Vincent a parcouru le monde.


Il aurait bien aimé ne jamais plus mettre un pied en France, continuer cette vie de nomade, de bête sauvage, mais voilà qu’un beau jour un messager envoyé de Paris vient à New-York l’arracher à son anonymat volontaire : sa mère est en train de mourir, elle voudrait son fils à son chevet.

Mais n'est-il pas encore trop tôt pour affronter les lieux des souvenirs intenses ? C'est avec un regard froid, mûri, détaché sur le nouveau Paris que Vincent retrouve son pays. Tout a changé depuis la guerre : sa relation avec sa mère austère et sêche, représentative d'un monde en passe de disparaitre totalement, une mère qui ne voit en lui qu'un héritier, l'effervescence de la nouvelle vie parisienne pleine de bruits, d'excès, de plaisirs divers, de jazz importé des States, cette course effrénée à s'étourdir pour tenter d'oublier les séquelles des années de la Grande Boucherie.

Au milieu de cette ébullition, Vincent rencontre Raymond Radiguet, jeune romancier dont le Tout Paris parle et se dispute la présence. Les deux hommes, sans partager les mêmes sentiments, se comprendront tout de même. Raymond sera même la petite étincelle qui redonnera goût à la vie à Vincent, lui permettre un retour possible parmi les hommes.

C’est dans un café de Montparnasse que Vincent va rencontrer l'auteur du Diable au Corps, il ignore encore tout de ce petit génie littéraire de vingt ans à peine. Mais bientôt il va comprendre : « Raymond, donc est un jeune homme qui écrit des livres. Ainsi, il emprunte à Arthur ses vingt ans et à Marcel sa passion pour l’écriture. Il est une synthèse chimiquement pure des deux êtres qui ont compté le plus dans mon existence ». Après sept années d’aventures sans lendemain, Vincent ne va pas tarder à aimer de nouveau.

 

Et comme d'habitude, cette histoire est juste, forte, sobre, pleine de pudeur. C'est du Philippe Besson sans fioritures, sans mots de trop. Le silence étant parfois plus éloquent qu'un fleuve de mots l'auteur va à l'essentiel, celui de rendre la douleur pourtant si violente, dévastatrice. Vincent est un véritable héros romantique; celui qui écoute, mais qui n'exprime pas, qui souffre en silence, espère seul, ne partage guère ses réflexions et ne répond pas aux questions.

 

Quand on le quitte, pour la deuxième fois, Vincent a 23 ans. Il a connu et fréquenté Proust et Radiguet, nous les a rendu plus proches et plus humains dans leur fragilité. On aimerait ne pas attendre dix ans avant de retrouver ce jeune dandy désespéré, si élégamment campé, et savoir quel écrivain célèbre croisera cette fois son chemin...!

 

Deux belles interviews de l'auteur pour mieux comprendre les deux livres: link (video) + link (texte)

 

 

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